Vraie déprime
Spécialiste de la dépression à Genève dans le cadre d’un programme spécifique du service de la psychiatrie adulte des HUG, le Dr Markus Kosel a eu l’occasion de constater depuis plusieurs années les effets positifs de la cure de lumière chez les patients qui lui sont adressés: «La dépression saisonnière, qui apparaît et disparaît à des périodes bien précises de l’année, est celle qui réagit le mieux à la luminothérapie. C’est important, car contrairement à ce que pensent beaucoup de gens, la dépression saisonnière est une vraie dépression, avec des symptômes plus ou moins sévères, qui peuvent aller jusqu’à des idées suicidaires.» Les signes les plus importants en sont une humeur anormalement dépressive, une diminution marquée de l’intérêt ou du plaisir, une réduction de l’énergie ou une fatigue accrue pratiquement toute la journée, pendant au moins deux semaines.
Effet magique
A Lausanne, l’infirmière en psychiatrie Catherine Reymond a traité des patients au moyen de la luminothérapie pendant plusieurs années. Elle a vu la vie de nombreuses personnes changer du tout au tout et cite le cas de cet étudiant qui avait entièrement calqué son existence sur son rythme biologique: «Il était si déprimé en hiver qu’il ne voyait plus personne. Il s’était arrangé pour concentrer toutes ses études et ses séminaires pendant la belle saison. Au bout de cinq jours de luminothérapie, il était transformé. Il a enfin pu mener une vie normale tout au long de l’année.»
Proposée dans les hôpitaux, la luminothérapie peut aussi s’avérer efficace chez les gens qui constatent une baisse significative de leur énergie vitale à l’entrée de l’hiver. Elle est même recommandée aux passagers des avions après un voyage au long cours, car elle leur permet de surmonter plus facilement les effets du jetlag.
Comment expliquer l’effet quasi magique de la lumière sur notre sentiment de bien-être? En stimulant les cellules de la rétine, la lumière agit sur la partie du cerveau qui détermine nos rythmes biologiques: elle diminue la sécrétion de la mélatonine, qui est l’hormone du sommeil, tout en activant la production de sérotonine, un neurotransmetteur au pouvoir antidépresseur. Il faut savoir que par une belle journée d’été, la luminosité est de 100 000 lux, ce qui suffit largement aux besoins de l’être humain. En revanche, par temps nuageux en hiver, elle n’est plus que de 2000 lux. Pis encore à la maison, où l’éclairage intérieur émet rarement plus de 100 lux. C’est simple: plus on s’enferme en hiver, moins on reçoit de lumière, plus on a envie de dormir et plus le moral s’en ressent. D’où la recommandation du Dr Markus Kosel: «Il est capital d’avoir une bonne hygiène de vie, ce qui implique d’avoir des activités physiques en plein air.» Eh oui, la luminothérapie peut aussi se pratiquer sans lampe, en marchant le plus souvent possible à ciel ouvert!
Un réveil en douceur
Depuis que le simulateur d’aube a fait son apparition sur sa table de nuit, Francesca, 40 ans, déclare ne plus pouvoir s’en passer: «C’est une solution de rêve pour toutes celles qui, comme moi, sont des traumatisées des sonneries qui vous vrillent le crâne et vous réveillent en sursaut.» A l’heure choisie, ce réveil silencieux commence à diffuser une lumière qui s’intensifie progressivement, comme si le soleil se levait, jusqu’à ce qu’il fasse grand jour. S’il ne soigne pas la dépression comme une lampe de luminothérapie, il contribue pourtant lui aussi, plus modestement, à régulariser le rythme biologique du dormeur.
Fémina 22.11.09 Par Marlyse Tschui
|